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Added by SOph on 31 Jul 2015 09:50
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REDHEAD


Dossier : cheveux roux, entre splendeur et décadence


Ça flamboie chez nos amies les stars ! Scarlett, Blake, Nicole... La couleur rousse semble se répandre comme une trainée de poudre dans les chevelures. Simple phénomène de mode ? Pas seulement. Le roux est source d'intérêt depuis la nuit des temps et méritait bien un post rien que pour lui !

Origine

La rousseur se caractérise par des cheveux de couleur orangée, allant du blond vénitien à l'auburn, une peau généralement très claire et des tâches de rousseur. Elle provient de l'absence ou de la rareté du pigment brun, l'eumélanine. En contrepartie les roux ont beaucoup de phéomélanine qui donne le pigment rouge-jaune. Ce n’est pas une anomalie : statistiquement il y a 3% de possibilités pour qu’un roux naisse dans une famille sans parents roux. Cet allèle est récessif, c’est à dire qu’il faut posséder deux copies de l’allèle de la rousseur (un provenant du père et un provenant de la mère) pour que cette caractéristique s’exprime. Les premiers signes de la rousseur chez l’homme seraient apparus entre 30 000 et 80 000 ans avant notre ère, après un long brassage génétique de pigments bruns et blonds en proportion à peu près égales. Les Néandertaliens avaient déjà leurs spécimens roux, selon la même évolution génétique que l’on trouve chez l’homme moderne. La rousseur est présente dans le monde entier, cependant le record du pourcentage de population rousse est détenu par l'Écosse avec 13%. En France, le pourcentage est de 5%. Le roux est donc un pigment capillaire rare, présent chez 2% de la population mondiale.

Une chose est sûre, le roux n'a jamais laissé indifférent. Et si cette couleur est devenue un atout de séduction aujourd'hui, il n'en a pas toujours été ainsi. Souvent raillés et stigmatisés, les roux ont souffert de leur chevelure vive depuis que l'homme est homme.

Une réputation "sulfureuse" depuis l'Antiquité

Les Egyptiens de l'Antiquité voyaient dans l’orangé une tare, en raison de l’apparence et de l’histoire du dieu Seth. La mythologie égyptienne raconte que Seth régna sur le désert, tandis que son frère Osiris reçu les terres fertiles du delta. Ces récits décrivent son ambition dévorante, son art de la manipulation, et sa nature foncièrement violente et mauvaise. Par jalousie, il tenta d’anéantir son frère Osiris, bien qu’il n’y parvint jamais et demeura dans le désert. Or, "désert" en arabe se dit "dashre", " terre rouge". Il est souvent doté d’une queue fourchue et une tête d’animal semblable à un sanglier, et est couramment surnommé "aissu", c’est à dire le diable roux. Il est donc tout à fait normal qu’il ait été roux, dans cette civilisation qui méprisait cette pigmentation. Suite au mythe de Seth, la persécution des individus roux est une pratique courante, qui varie de la simple superstition à la mise à mort.

La seule exception à cette exclusion est le pharaon Ramsès II, qui aurait eu les cheveux roux. Mais le monarque adapta le culte de Seth et fit de celui-ci l’image du Mal nécessaire pour combattre les ennemis de l’Égypte. L’authenticité de sa rousseur a récemment été remise en question, puisque l’acidité du corps et de l’atmosphère confinée des sarcophages égyptiens tend à dépigmenter les cheveux des momies. En fait, une récente étude du laboratoire l’Oréal a mis en lumière le fait que le pharaon de son vivant se faisait des colorations au henné. Selon Christiane Desroches-Noblecourt, dans son ouvrage Ramsès II, la véritable histoire, Ramsès II utilisait la couleur de ses cheveux à titre de propagande, pour renforcer son image de monarque divin.

Les coutumes gréco-romaines et la mythologie grecque ne sont pas plus tendres avec les abonnés à l’orange. Hippocrate au Ve siècle avant J.C. participa à la vilaine réputation des roux en même temps qu’il bâtit les fondations de la médecine. Sa théorie des quatre humeurs pose les bases de la physionomie et du zoomorphisme. Or, si à chaque homme correspond un animal, les roux sont assimilés pour la première fois au renard, réputé pour sa malice et ses vols de poules, et aux cochons pour ses poils roux, animaux décrétés sales et lubriques.

Enfin, les êtres humains ne sont pas plus épargnés au sein du peuple de l’Ancien Testament. En Galilée, les chevelures rousses étaient fréquentes, et les roux passaient pour avoir été conçus lors des règles de leur mère, c’est-à-dire lorsqu’elle était impure. Cette salissure retombe alors sur le nouveau-né, qui doit afficher toute sa vie une chevelure sanguine, témoignage de son essence impure. Par exemple, le toledoth yeshu était un conte que les familles juives pieuses racontaient à leurs enfants au soir de Noël. Ce texte nous conte que Jésus était un sorcier roux ben nida, fils de menstruée et que c’est grâce à cette abomination qu’il faisait ses miracles.

Le Moyen-âge, sale temps pour les roux et surtout les rousses !

Le Moyen Âge chrétien, fruit de ce multiple héritage, ne pouvait que perpétuer et renforcer de tels comportements à l’égard des roux. Comme le développe l’ouvrage Une Histoire Symbolique du Moyen-âge, de Michel Pastoureau, l’individu aux cheveux roux, dans l’imaginaire collectif, demeure par nature cruel et laid. Toutefois, les défauts qu’il porte dans son identité capillaire évolue avec la doctrine chrétienne et s’apparentent progressivement à la malignité et à la trahison.
Parallèlement, un basculement s’opère au sujet des femmes rousses. Leur double nature de pécheresse, de femme et de femme rousse, devient le symbole de la sexualité débridée et de la sorcellerie.

L’iconographique chrétienne affuble progressivement Judas d’une chevelure rousse pour mieux souligner sa traîtrise. Judas n’est pas seul dans ce cas: « Ce faisant, il a rejoint un petit groupe de félons et de traîtres célèbres que les traditions médiévales avaient pris l’habitude de distinguer par une chevelure ou par une barbe rousse: Caïn, Dalila, Saül, Ganelon, Mordret et quelques autres. » (M. Pastoureau, L’Homme roux: tous les gauchers sont roux, paru en 1988 dans le vol. 16-17 de la revue Le Genre humain, et repris en 2004 dans son Histoire symbolique du Moyen âge.) Peu à peu, le caractère « roux » s’étend à toutes les catégories d’exclus et de réprouvés : juifs, musulmans, bohémiens, suicidés, etc. On trouve alors de nombreux petits proverbes qui invitent à se défier des hommes roux. Le roux devient la couleur la plus honnie de toute la Chrétienté.

Pour achever le tout, les tuberculeux avaient souvent la réputation d’être roux. Rien d’étonnant à cela à une époque où les maladies de peau sont fréquentes, graves et mystérieuses, et où la redoutable lèpre mettait ses victimes au ban de la société. Pour l’homme médiéval, les taches sont toujours impures, et suspectes, et les tâches de rousseur ne font pas exception. Elles font du roux un être malade, malsain même. À cette impureté épidermique s’ajoute une connotation d’animalité, car en plus d’avoir les mêmes poils que le goupil ou le porc, l’homme roux est recouvert de taches comme les animaux les plus cruels : le léopard, le dragon et le tigre, les trois ennemis du noble lion.

Les femmes rousses, quant à elles, connaissent un sort peu enviable, car en plus de souffrir des maux attachés à leur chevelure, elles sont perçues comme des pécheresses tentatrices et hérétiques. Leur chevelure sulfureuse les apparente à la sorcière ou à la prostituée Marie Madeleine. De telle sorte qu’à la suite de ces superstitions, en 1254, une ordonnance du roi Saint-Louis fait obligation aux prostituées de se teindre les cheveux en roux, pour bien les distinguer des femmes respectables.

Mais c’est avec la fondation de la tristement célèbre Inquisition par le pape Innocent III en 1199 que leur existence se met à sentir le roussi. Cette juridiction ecclésiastique se mute rapidement en lutte contre les hérétiques, c’est-à-dire contre tous ceux qui de près ou de loin s’éloignent du dogme, de la morale ou de l’ordre public. Ainsi, les rousses furent victime de leur assimilation à la sorcellerie et autres diableries, et près de 20 000 d’entre elles périrent sur le bûcher.

Une renaissance à travers l'art

Les siècles suivants colportent la réputation de mauvaise nature des individus roux, bien que globalement les mœurs soient plus apaisées. La femme rousse garde sa réputation sulfureuse, mais sa beauté est mise en lumière pour la première fois par les peintres de la Renaissance, tandis que l’homme roux reste un individu avec une part de vice cachée. Toutefois avec le mouvement intellectuel humaniste, la violence à l’égard des roux n’est plus que symbolique.

L’écho de la nature tentatrice et pécheresse de la femme rousse se retrouve dans la littérature, avec la Nana de Zola qui est décrite tantôt blonde quand elle est mère, tantôt rousse quand elle s’adonne au vice. Enfin, la nature lubrique des rousses les poursuivent jusqu’au XXe siècle, comme le rapporte Martin Monestier auteur de l’Encyclopédie du poil, puisqu’entre les deux guerres on croyait encore à un préjugé du XVIe s. sur la transpiration des rousses, sujette à faire tourner le lait, ou encore qu’une sage-femme rousse, par sa présence, pouvait empêcher le nombril du nourrisson de cicatriser.

Cependant si ces préjugés persistent et signent, la beauté de la rousse est étudiée dès la Renaissance d’un œil neuf. Ce mouvement artistique ouvre la voie vers un art moins dogmatique, qui rend grâce à la beauté des femmes, notamment de beautés rousses de l’époque. La plus fameuse est certainement Simonetta Vespucci, surnommée « la bella Simonetta » ou « La Sans Pareille », réputée pour être la plus belle femme de son époque. Elle fut la muse de plusieurs oeuvres de grands artistes comme par exemple La Naissance de Vénus, ou le Printemps, de Botticelli.

La beauté des femmes rousses est également célébrée au XIXe siècle avec les mouvements Préraphaélite, Symboliste et le Parnassien.
Le Préraphaélisme, à partir de 1848, met en scène dans la peinture anglaise des femmes rousses, chez qui ils apprécient la flamboyance de la chevelure. Sa symbolique profane, et le réalisme qu’ils y trouvent offrent un second souffle à l’art classique de leurs contemporains, dont ils déplorent un manque de force et de vitalité.

John William Waterhouse - The soul of the rose
Lucas Cranach l'Ancien - Vierge à l'enfant
Le mouvement symboliste, quant à lui, développe la rousseur en peinture pour la symbolique de sa couleur, évoquant le péché, mais aussi la force et la vigueur. Ils dressent par ailleurs un portrait de la femme rousse qui prend en compte sa marginalisation, et le triste destin qui lui est destiné. Baudelaire, dans son poème « A une mendiante rousse», évoque les thèmes de la prostitution et de la pauvreté des femmes rousses : « La robe par ses trous Laisse voir la pauvreté Et la beauté »,[…] « en place de bas troués que pour les yeux des roués », « que pour te déshabiller tes bras se fassent prier ».

Rossetti - Ghirlandata

La nouvelle Eve

La représentation de la femme rousse objet de désir est régulièrement mise à la page, avec des ouvrages et des films qui reprennent ce symbole : le roman Le Parfum, de Patrick Süskind, met en scène le jeune Grenouille, hypnotisé par la fragrance de deux magnifiques rousses.


Celle qui a incontestablement donné ses lettres de noblesse aux chevelures rousses s'appelle Rita Hayworth et il aura fallu attendre les années 1940 pour voir enfin cette couleur appréciée à sa juste valeur. Incarnation de la femme fatale et d'une certaine fascination érotique, la star et sa chevelure volcanique peuvent enfin faire de l'ombre aux blondes et aux brunes.


Puisque la sexualité des femmes est désormais acceptée dans la société, la rousseur féminine est maintenant recherchée comme atout de séduction. A tel point que depuis quelques années, de nombreuses femmes choisissent de se teindre les cheveux afin de faire leurs la beauté et le mystère qui résident dans une chevelure flamboyante !

Mais au delà de l’aspect esthétique, on voit apparaitre la rousseur comme une nouvelle identité. Il existe aujourd’hui une journée mondiale des Roux aux Pays-Bas, ainsi que d’innombrables blogs de soutien, et des associations comme « Red and Proud » aux Etats Unis. Ces mouvements luttent contre la discrimination qui persiste à l’encontre des roux, allant de la simple moquerie à l’agression physique.

La rousseur peut devenir — même si elle ne l’est pas pour tous les concernés— un marqueur identitaire important, au même titre que la sexualité, la couleur de peau, ou la religion.

A travers des siècles presque ininterrompus de stigmatisations, les roux ont fait leur chemin. Aujourd’hui, avec l’avancée du droit des individus, l’essor du mouvement « roussophile » canalisé par Internet, et l’engouement ravivé pour les rouquines, la situation de la gente rousse ne peut que s’améliorer. Alors, à quand la revanche des roux ?

sources : wikipédia, livre "Roux et rousses. Un éclat très particulier." de Xavier Fauche, article tiré de journal-regards.com

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